Retour à l'écriture après quelques mois d'absence... C'est parti pour la rubrique "gardes à l'hôpital", le terme "hôpital" étant pris au sens large puisque j'y inclus les gardes en cliniques. C'est toujours intéressant pour un généraliste, de surcroit urgentiste de formation, de "garder un pied à l'hôpital", voire de poursuivre les gardes au SAMU.
La première nuit que je vais vous compter se déroule il y a quelques années dans une clinique Privée Participant au Service Public (statut PSPH). Cette clinique a majoritairement une activité de cancérologie au sens large, j'y prenais des gardes de temps en temps.
Je suis appelé en pleine nuit par une infirmière au sujet d'un patient de 55 ans présentant une détresse respiratoire aigue. En gros, pour les non initiés, il ne parvient plus à respirer normalement et "étouffe". Elle me dit d'emblée que ce patient a un cancer du poumon et que pour elle c'est d'origine pulmonaire.
J'examine mon patient et cliniquement cela ne fait aucun doute, il s'agit non pas d'une cause pulmonaire mais cardiaque : mon patient faisait un OAP (Oedème Aigue du Poumon). Le traitement d'urgence est mis en oeuvre, associant des perfusions et une ventilation non invasive (appareil permettant une assistance respiratoire sans avoir recour à l'intubation). Il s'en sort in extremis et sans séquelle...
Toujours en quête de compréhension, après près de deux heures éprouvantes et stressantes au lit de mon patient, je prends un petit café avec les infirmières à 4 heures du matin et me lance dans l'analyse du dossier de ce patient. J'aurais pu en rester là, mais ça me travaillait... Je découvre à ma plus grande stupeur que ce patient aux lourds antécédents cardiaques avait habituellement un traitement diurétique au domicile, et que ce traitement n'avait tout simplement pas été repris à son admission à la clinique. La non reprise de ce traitement de fond était la cause directe de l'OAP. Motif? Un oubli du médecin... et comme dans cet établissement (comme dans beaucoup, contrairement à ce qui est autorisé), ce sont les infirmières qui sont chargées de reprendre le traitement du domicile, cet oubli n'avait marqué personne dans le personnel soignant. Quant au patient, il faisait peinement confiance en son pneumologue et n'a pas osé poser de question concernant l'absence du traitement diurétique dans son pilulier.
Ironie du sort : en consultant son dossier, je m'aperçois en plus qu'à son entrée le médecin spécialiste en question avait fait pratiquer dans la prise de sang un dosage du BNP : ce marqueur spécifique, lorsqu'il est élevé, signe une décompensation cardiaque gauche, qui peut se manifester dans l'aigu par un OAP. Et il l'avait demandé non pas une, mais deux fois sur deux jours successivement. Concernant notre patient, le marqueur était largement au dessus des normes. Par contre, son médecin spécialiste n'avait jamais cherché à lire les résultats des examens qu'il avait demandés, ceux-ci étant retrouvés cette nuit là dans son casier-courrier en attente de validation...
Moralité : un oubli de médicament a failli tuer notre patient, et l'examen sanguin qui aurait du alerter par deux reprises le médecin n'a pas été lu, ne laissant aucune place à la sécurité. Ca paraît rien sur le papier, mais ce patient a failli mourir. Le lendemain à la première heure, le médecin spécialiste responsable des deux oublis m'appelle pour s'excuser, probablement de peur que je ne dévoile ses deux erreurs. Jamais il ne s'est excusé auprès du patient, et honnêtement j'en avais rien à foutre de ses excuses... L'affaire a rapidement été étouffée, ce médecin exerce toujours bien évidemment, reste toujours très sûr de lui et touche un salaire triple du mien.
Quand vous êtes hospitalisé dans un établissement de santé, public ou privé, on affiche ostensiblement la "Charte du patient hospialisé" garantissant la "qualité des traitements et des soins"...
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