Lundi 17 octobre 2011 1 17 /10 /Oct /2011 08:36

Retour à l'écriture après quelques mois d'absence... C'est parti pour la rubrique "gardes à l'hôpital", le terme "hôpital" étant pris au sens large puisque j'y inclus les gardes en cliniques. C'est toujours intéressant pour un généraliste, de surcroit urgentiste de formation, de "garder un pied à l'hôpital", voire de poursuivre les gardes au SAMU.

La première nuit que je vais vous compter se déroule il y a quelques années dans une clinique Privée Participant au Service Public (statut PSPH). Cette clinique a majoritairement une activité de cancérologie au sens large, j'y prenais des gardes de temps en temps.

Je suis appelé en pleine nuit par une infirmière au sujet d'un patient de 55 ans présentant une détresse respiratoire aigue. En gros, pour les non initiés, il ne parvient plus à respirer normalement et "étouffe". Elle me dit d'emblée que ce patient a un cancer du poumon et que pour elle c'est d'origine pulmonaire. 

J'examine mon patient et cliniquement cela ne fait aucun doute, il s'agit non pas d'une cause pulmonaire mais cardiaque : mon patient faisait un OAP (Oedème Aigue du Poumon). Le traitement d'urgence est mis en oeuvre, associant des perfusions et une ventilation non invasive (appareil permettant une assistance respiratoire sans avoir recour à l'intubation). Il s'en sort in extremis et sans séquelle...

Toujours en quête de compréhension, après près de deux heures éprouvantes et stressantes au lit de mon patient, je prends un petit café avec les infirmières à 4 heures du matin et me lance dans l'analyse du dossier de ce patient. J'aurais pu en rester là, mais ça me travaillait... Je découvre à ma plus grande stupeur que ce patient aux lourds antécédents cardiaques avait habituellement un traitement diurétique au domicile, et que ce traitement n'avait tout simplement pas été repris à son admission à la clinique. La non reprise de ce traitement de fond était la cause directe de l'OAP. Motif? Un oubli du médecin... et comme dans cet établissement (comme dans beaucoup, contrairement à ce qui est autorisé), ce sont les infirmières qui sont chargées de reprendre le traitement du domicile, cet oubli n'avait marqué personne dans le personnel soignant. Quant au patient, il faisait peinement confiance en son pneumologue et n'a pas osé poser de question concernant l'absence du traitement diurétique dans son pilulier. 

Ironie du sort : en consultant son dossier, je m'aperçois en plus qu'à son entrée le médecin spécialiste en question avait fait pratiquer dans la prise de sang un dosage du BNP : ce marqueur spécifique, lorsqu'il est élevé, signe une décompensation cardiaque gauche, qui peut se manifester dans l'aigu par un OAP. Et il l'avait demandé non pas une, mais deux fois sur deux jours successivement. Concernant notre patient, le marqueur était largement au dessus des normes. Par contre, son médecin spécialiste n'avait jamais cherché à lire les résultats des examens qu'il avait demandés, ceux-ci étant retrouvés cette nuit là dans son casier-courrier en attente de validation...

Moralité : un oubli de médicament a failli tuer notre patient, et l'examen sanguin qui aurait du alerter par deux reprises le médecin n'a pas été lu, ne laissant aucune place à la sécurité. Ca paraît rien sur le papier, mais ce patient a failli mourir. Le lendemain à la première heure, le médecin spécialiste responsable des deux oublis m'appelle pour s'excuser, probablement de peur que je ne dévoile ses deux erreurs. Jamais il ne s'est excusé auprès du patient, et honnêtement j'en avais rien à foutre de ses excuses... L'affaire a rapidement été étouffée, ce médecin exerce toujours bien évidemment, reste toujours très sûr de lui et touche un salaire triple du mien.

Quand vous êtes hospitalisé dans un établissement de santé, public ou privé, on affiche ostensiblement la "Charte du patient hospialisé" garantissant la "qualité des traitements et des soins"... 

 

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Les gardes à l'hôpital
Vendredi 29 juillet 2011 5 29 /07 /Juil /2011 03:48

Vous en avez entendu parler, une mini-révolution d'après les medias : les médecins généralistes vont pouvoir recevoir des primes annuelles en fonction de leur qualité des soins. Enfin (certes)!

Effectivement, saluons pour une fois la volonté de notre ministère de récompenser la qualité en médecine libérale. Mais pas d'illusion : ces sommes seront bien plus vite gagnées en jouant la course à l'acte - le quantitatif donc -. Par ailleurs, une disposition est-elle prévue pour les jeunes remplaçants? Autrement-dit les médecins généralistes remplaçants vont-ils être encore lésés dans cette affaire lorsque eux aussi contribuent à l'amélioration de la qualité de prise en charge des patients? Bien-sûr que oui!

Une seule façon de régler ce problème : identifier chaque remplaçant comme professionnel de santé à part entière, avec ses propres ordonnances, son propre bilan d'activité, ses propres honoraires, ses propres objectifs etc. Mais ça, c'est pas pour demain...

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Réflexions
Mercredi 17 novembre 2010 3 17 /11 /Nov /2010 19:34

Certains s'en servent pour gratter leurs cordes de guitare, mais d'autres... en sont morts!

J'ai nommé le Mediator. Revenons quelques années en arrière, je commençais mes remplacements. Dans la masse de prescriptions déjà aberrantes de cette molécule, il y avait chez certains médecins la fâcheuse tendance à en prescrire à la pelle. Ma formation et les études scientifiques nombreuses dans le domaine du diabète et du cholestérol m'avaient appris à bannir cette molécule. 

Mon éthique quant à elle m'imposait, lorsqu'un patient venait renouveler ce médicament qu'il avait parfois depuis très longtemps, de l'informer de la façon la plus objective sur le manque d'efficacité réelle et les risques de la molécule. Et de proposer de l'arrêter. Rares étaient les patients qui m'écoutaient, genre "on verra ça avec le Vrai Docteur quand il reviendra de vacances...".

Bref le combat a été très inégal, mais à mon actif - et certains carnets de santé peuvent en témoigner -, j'ai quand-même eu quelques réussites où les patients se sont donné les moyens de me faire confiance et d'interrompre ce traitement.

Là où cette bataille était perdue d'avance, c'était sur les deals... Notamment le mythe des coktails miracles pour maigrir : Mediator+ampoules buvables d'artichauts (supposées faire "éliminer la rétention d'eau"), auxquels venaient parfois s'ajouter des amphétamines (anorexigènes puissants et non sans dangers)! Les médecins qui prétendaient faire de la nutrition et qui sortaient ce type d'ordonnances n'étaient pas rares. Et les patients y croyaient...

L'histoire revue a posteriori nous aura donc tristement appris que la connerie est souvent dangereuse... et qu'elle ne s'interrompt pas si facilement et si rapidement quand elle est sur sa lancée lucrative... On parle, dans les médias, des morts liés aux valvulopathies, mais quid des patients atteints d'Hypertension Artérielle Pulmonaire, maladie incurable imputable également au Mediator?

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Réflexions
Jeudi 24 juin 2010 4 24 /06 /Juin /2010 07:30

On parle toujours de problème dans la démographie médicale en France : il existe en réalité une mauvaise répartition des médecins sur le territoire, avec par exemple des zones saturées comme la région parisienne ou la Côte d'Azur. Dans ces régions vous n'attendrez pas longtemps pour pouvoir consulter un spécialiste, ce qui n'est pas le cas des zones rurales où il va non seulement falloir attendre, mais surtout faire des kilomètres...

Les zones franches sont censées, à la base, permettre d'accéder à l'installation dans des conditions avantageuses, moyennant le déplacement du cabinet médical, afin de permettre à ces zones "défavorisées" de se re-peulpler en médecins.

Résultat des courses : on voit tous les 5 ans des groupes entiers de médecins changer de zone franche en en dépeuplant une autre, tout ça pour des raisons fiscales. Pourquoi 5 ans? Car c'est la durée de l'exonération de charges maximales... Les investissements immobiliers sont souvent conséquents pour ces médecins, qui font fructifier ainsi leur patrimoine. Les patients dans tout ça? Ils n'ont qu'à venir à leurs médecins, après tout ce sont eux les malades!

 

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Petits deals entre amis

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