Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 19:18

Un jour alors que je passais chercher mon chèque de rétrocession d’honoraires pour un remplacement, le médecin que je remplaçais m’a raconté son tableau de chasse, non sans une certaine mélancolie. Il me parlait de bon temps où il était interne à l’hôpital et où tout était possible pendant les gardes, question sexe évidemment. Tous les moindres détails y étaient, probablement un peu trop pour être vrais : une sorte de mythe semblait entourer ce personnage qui n’avait rien d’une bombe sexuelle, bien au contraire. Frustration ou fantasmes...?
Tout ça pour me parler ensuite des visiteuses médicales en mini-jupe, prêtes à tout pour vendre leurs médicaments. Mais attention là, pas touche : « C’est mon troisième mariage, j’ai pas envie d’avoir d’emmerdes, mais qu’est-ce qu’elle est bonne ! ». Il m’expliquait ensuite l’histoire de ce médecin dont la réussite ne lui faisait pas que des amis et qui a « dérapé » lors d’une consultation avec l’une de ses pulpeuses patientes… Cette fille avait en fait été payée par la concurrence : le chantage et les pressions pouvaient alors commencer jusqu’à ce que le « malheureux » médecin dévisse sa plaque…La médecine est un milieu très sain, ayez donc confiance, le Conseil de l'Ordre veille...

Allez savoir, il aurait pu me parler des dossiers médicaux des patients. Mais il avait d’autres priorités !

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Anecdotes
Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 16:42

Je commençais à intégrer les rouages du fonctionnement d’un cabinet de médecine générale libéral au bout de quelques semaines de remplacements, intensifs bien malgré moi. Finalement l’adaptation en tant que remplaçant consiste plus en l’intégration de tout un système bien rodé que dans la pratique médicale pure. Effectivement notre formation d’internes de médecine générale durant quatre ans nous a bien préparés à gérer la plupart des situations cliniques, que ce soit à l’hôpital ou auprès de médecins généralistes de ville, nos maîtres de stage… mais pas les détails techniques !
Mes remplacements étaient devenus réguliers, le courant passait bien avec les patients qui me le rendaient bien d’ailleurs. L'un des médecins que je remplaçais me proposait donc de le remplacer une demi-journée par semaine de façon régulière. Au cours de ces demi-journées de remplacements, j’entrevoyais davantage la notion de suivi régulier du patient.

En matière d’hypertension artérielle, les médecins disposent de nombreuses recommandations précises pour les guider dans leur pratique. Au bout de quelque temps, je constatais avec étonnement que bon nombre de patients hypertendus avaient systématiquement les deux mêmes médicaments, sans que cela ne corresponde à la moindre logique de prescription. Autrement dit certains patients étaient très bien équilibrés sur le plan tensionnel depuis plusieurs années par leur traitement et d’un seul coup, sans raison « scientifique » leur généraliste leur prescrivait ces deux nouveaux médicaments. Ou à l’inverse, des patients qui ne relevaient que d’un seul médicament anti-hypertenseur se voyaient prescrire, toujours sans raisons, ces deux molécules. Il s’agissait en fait de deux médicaments relativement récents dont le laboratoire tentait de percer le marché. Comme il n’avait pas d’étude scientifique sérieuse à l’échelle internationale pour favoriser leur prescription par les preuves, il faisait participer des médecins généralistes à des pseudo études bidon mais incitatives. En gros ces laboratoires font croire aux médecins que ceux-ci vont participer activement à la recherche clinique en prescrivant à plusieurs dizaines de patients tel médicament, et en les suivant sur plusieurs mois pour vérifier leur effet et leur tolérance. Vu le nombre de boîtes prescrites, c'était tout simplement une manne financière pour ce labo...

Évidemment en tant que remplaçant, je n’étais jamais mis au courant de ces pseudo-études à la con que les laboratoires n’exploitent d’ailleurs jamais et qu’ils détruisent une fois réalisées. Les remplaçants ne valent pas le coup pour les labos. Naïvement donc, lorsque je consultais un patient dont les chiffres tensionnels n’étaient pas bons sous ce traitement, après avoir fait un minimum d’examens complémentaires recommandés, je changeais leur traitement selon les règles classiques de prescription, et donc ça marchait, au grand soulagement des patients toujours intrigués de l’attitude de leur bon docteur. Carnet de santé à l’appui se jouait alors sur plusieurs mois une valse des thérapeutiques :

-       tension correcte/patients rassurés/traitement du remplaçant

-       hypertension/patients inquiets/traitements du médecin traitant

Et ainsi de suite pendant plusieurs mois, car je ne cédais pas, je me devais non seulement de soigner leur hypertension correctement, mais aussi d’appliquer les règles de prescriptions reconnues et recommandées, et non faire du bidouillage pour favoriser un labo. Mais le médecin que je remplaçais ne cédait pas non plus car il avait des comptes à rendre au laboratoire de ces deux molécules. Ah oui petite précision : le médecin qui participe à ces études d’induction de la prescription touche une contrepartie non négligeable. En principe ce sont des cadeaux (VTT, écrans plats d’ordinateurs, vin, stylos etc.). En principe, car de l’argent liquide circule bien évidemment.

Donc pour résumer : pour avoir un VTT made in China, votre médecin peut tout à fait vous prescrire des médicaments inadaptés, quelque soit votre problème de santé (cholestérol, hypertension etc.).

Un jour j’ai revu le mari de Mme Dommage en consultation. Je lui ai demandé des nouvelles de son épouse, une charmante patiente de 60 ans que j’avais soignée pour son hypertension à l’époque de ce deal du médecin que je remplaçais avec un labo :

« - Comment, vous n’êtes pas au courant ? Le docteur ne vous a pas prévenu ? »

« - Non, vous savez, il ne me dit jamais grand chose… Que s’est-il passé ? »

« - Ma femme est décédée, il y a deux mois, d’une hémorragie méningée à cause d’une poussée de tension, après plusieurs jours de coma. À l’hôpital ils n’ont pas compris pourquoi le Dr changeait toujours le traitement efficace que vous lui aviez prescrit pour donner ces deux médicaments qui ne lui réussissaient pas.»

 

Officiellement pour un VTT. Officieusement pour une grosse enveloppe de liquide. Mais ça je l’ai gardé pour moi.

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Petits deals entre amis
Jeudi 12 juin 2008 4 12 /06 /Juin /2008 01:54

Je venais de débuter les remplacements juste après avoir terminé mes études, et je me retrouvais un peu par hasard à bosser dans un cabinet médical pourri de ma région. Quand je dis pourri, c’est pourri, je vous en ferai une description prochainement. Le médecin que je remplaçais puait des pieds : à la fin de la journée, malgré ses chaussures fermées, il dégageait une odeur assez caractéristique qui semblait envahir les moindres recoins de son cabinet médical sans fenêtre ni aération. Je ne l’avais que trop constaté lors de mon premier rendez-vous avec lui en fin de journée, après qu’il eut consulté près de 100 patients… J’ai d’ailleurs eu la bonté de penser dans un premier temps que le dernier patient consulté n’était pas très regardant (comme souvent) sur la propreté élémentaire. Mais non, c’était bien lui, le docteur himself.

Après avoir fait mes preuves pendant quinze jours, espionné et surveillé par mes deux gardes du corps - à savoir les deux associés du médecin en question, qui de son côté se la coulait douce au soleil et à la mer -, l’un d’eux me fit une première proposition. Je n’avais pas le couteau sous la gorge, mais presque : « je ne serai pas là samedi matin, maintenant que tu as l’habitude, tu pourras voir mes patients en plus. Bien sûr tu utilises ses ordonnances, ça me fera des actes en moins ». Deux remarques : vu la réputation de ce type, je n’avais aucune envie de cumuler les consultations (ce qui voulait dire que le samedi matin durerait jusque tard dans l’après-midi) et il profitait de ma présence pour réduire artificiellement son nombre d’actes vis à vis de la Sécu.

La première consultation d’une patiente de ce médecin fut un peu la rencontre du troisième type. Une dame d’une cinquantaine d’années vient pour un renouvellement d’ordonnance mensuel, évidemment surprise de n’avoir affaire qu’à un remplaçant sans avoir été avertie. Je l’ausculte, prends sa tension etc. Puis vient la phrase fatidique : « et mes hémorroïdes docteur ? ». En discutant avec elle j’apprends que depuis ses multiples grossesses elle doit prendre régulièrement une crème anti-hémorroïdaire pour soulager ses douleurs. Je pensais qu’elle voulait juste une ordonnance de cette crème magique, quand elle se déshabille et se met en position de combat… Je l’examine un peu malgré moi et lui confirme la présence d’une petite hémorroïde externe.

-       « Et ma crème docteur ? »

-       « Je vais vous la prescrire Mme Boulard ne vous inquiétez pas ! »

-       « Mais le docteur habituellement il me la met lui-même pour soulager tout de suite ! ça fait du bien, sa crème marche très bien ! »

Je ne sais plus comment je lui fis comprendre qu’elle serait assez grande pour se mettre la crème rectale toute seule. Juste après la consultation, je vérifiais les dires de la patiente : le médecin que je remplaçais possédait bien un tube de crème anti-hémorroïdaire entamé muni d’une canule rectale qui semblait passer d’un trou de balle à l’autre sans la moindre désinfection ni le moindre nettoyage… ça commençait bien ! C’est ce qu’on appelle un médecin proche de ses patients et attentif à leurs symptômes. Au moins il les soulageait, enfin d’après Mme Boulard…

10 ans d’études pour ça ! Putain, 10 ans!

Par Docteur Yes, blogologue - Publié dans : Consultations

Recommander

Commentaires

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus